samedi, octobre 23

Keldaan Récit II

Bonjour,


Vous allez découvrir le deuxième récit de Keldaan, intitulé: Calice la Banshee. J'ai mis en ligne une partie du premier chapitre, en attendant la publication prévue courant 2011.J'attends vos commentaires. Bonne lecture à tous.




INTRODUCTION



Sois le bienvenu, ami qui tiens ce livre entre les mains. Avant de commencer mon récit, je te conseille de t’installer confortablement et de laisser ton esprit s’ouvrir librement aux propos qui vont suivre.. Sache qu’il n’est guère aisé pour un Maître-Nain d’évoquer les peuples des anciens mondes sans éveiller les sarcasmes et le soupçon. car l’époque moderne fait peu cas de notre existence. Pourtant, si nos lointains aïeux utilisaient l’ancestral savoir magique, force est de constater que les sciences nouvelles reproduisent en tous points cette recherche des pouvoirs antiques : parler à distance , commander aux objets, à la matière, voler dans les airs.. et jusqu’aux étoiles... Toutefois, certains cherchent avec sincérité à percer les mystères de l’infiniment grand et l’infiniment petit. Mais là ou le monde moderne n’y voit que hasard et chaos, nous les élémentaux savons que s’y cache en réalité la manifestation du monde supérieur.

Keldaan lui, a plongé dans cette réalité depuis sa première aventure sur l’île de la Table de pierres. Il est devenu le nouveau Gardien de l’Anneau du Ciel et sa mission, immense, ne fait que débuter. Je fus le témoin privilégié de son épopée.
Aussi, ami, en parcourant ce récit, tu entres à l’instant dans la noble famille des initiés : ceux qui savent désormais ce que fut la véritable Guerre des Druides.


Moi Maël Korr, dernier Roi des Nains de la province du Nord de l’Ancien Monde Celtique…


* Récit Premier : la Table de Pierres






                                        

                                                                                                                                                      
                                     
   
   
    CHAPITRE 1


          Comme cette nuit de pleine lune était froide sur l’immensité des Bois de Faroo. Quelques nuages querelleurs se déchiraient lentement en passant devant l’astre nocturne. La cime des arbres dansait, secouée par des rafales de vent et c’est bien le seul bruit sourd, de froissement de branchages et de feuilles  qu’on entendit dans la vaste forêt, aussi épaisse qu’une mer agitée.. C’est comme si les habitants du lieu avaient tous disparu ou s’étaient réfugiés dans les creux des arbres et des terriers pour laisser la place aux ténèbres, véritables  maîtres des lieux. C’était une très vieille forêt, délaissée par les hommes des plaines, isolée de la civilisation. Elle avait l’allure d’un immense serpent à la fois sombre et brillant, sous les furtifs reflets de la clarté  lunaire. Toutefois, en s’approchant, on put distinguer au loin de petites colonnes de fumée s’ élever au-dessus des arbres centenaires. Et puis, peu à peu, d’étranges mélopées, indistinctes au départ, ne pouvant pas être identifiées, résonnèrent des profondeurs végétales et se firent plus précises et pénétrantes. Pour le courageux ou le fou qui aurait osé s’approcher de cet endroit sinistre, il apparut bientôt que ces mélopées semblaient provenir de voix humaines et que les colonnes de fumée étaient en réalité celles de dizaines de torches allumées, portées par une troupe d’une vingtaine d’hommes, avançant à pas rapides dans la nuit. Les chants funèbres scandés par l’étrange cohorte auraient pu terroriser tout être humain par leurs intonations lugubres . Mais ce qui aurait pu être encore plus traumatisant pour l’âme,  fut l’apparence spectrale de toute cette colonne humaine, aux visages peints de blanc, les cheveux blanchis à la chaux.. La plupart portant haches, machettes ou poignards à la ceinture et masques effrayants pour certains. Ils marchaient quasiment nus, le corps recouverts de balafres et d’étranges scarifications.. On eut dit une armée de fantômes égarés, en marche vers les mondes infernaux . Oui, qui aurait pu, s’il avait assisté de près à cette terrifiante procession, conserver son sang-froid sans lâcher la plus petite plainte ou  le plus infime cri de terreur ? En observant de plus près, on pouvait apercevoir les colliers de crocs de loups, ours ou autres animaux sauvages que portaient autour du cou et des poignets l’ensemble des participants. Tout dans leur accoutrement, indiquait qu’il s’agissait là d’une équipée de chasseurs. Ils avançaient à la file tout en surveillant les alentours de leurs yeux enfiévrés de peur. Comme s’ils devaient accomplir au plus vite une lourde mission. À celui qui aurait eu le courage d’assister à ce spectacle hideux, il aurait suffit alors d’une poignée de secondes pour comprendre les raisons de cet étrange cérémonie, car surgirent quatre autres chasseurs surgirent, portant sur leurs épaules un plateau constitué de rondins de bois, sur lesquels, couchée sur le dos, était ligotée une étrange silhouette. En réalité  celle d’une femme aux cheveux défaits, vêtue d’un simple voile sombre et qui se laissait transporter par les chasseurs fanatiques. Mais la chose la plus épouvantable fut que cette pauvre créature promise à un destin funeste, chantait elle aussi les lugubres mélopées, noyée dans un délire profond, ne semblant comprendre ni ou elle se trouvait ni le sort qui l’attendait.. Ses chants étaient parfois entrecoupés de cris effrayants ou de ricanements hystériques . Ses yeux tournaient dans leurs orbites sans jamais se fixer et  la fumée âcre des torches la faisait parfois suffoquer. On eu dit qu’elle n’appartenait déjà plus au monde des vivants, mais bel et bien aux pays des ténèbres dont aucun ne s’avisa de parler cette nuit là. Les chants plaintifs de la malheureuse pauvre hère étaient aussi macabres que ceux des hommes, ajoutant alors à la peur collective qui se lisait sur les visages. Enfin, à l’arrière de la colonne, trois hommes solides, fermaient la marche. L’un portait une grande torche et les deux autres, armés d’arcs puissants  et de lances, semblaient sur leurs gardes, retenant leur souffle. Leur équipement était lourd, destiné à affronter de redoutables animaux, ours, buffles ou sangliers..

Derrière les fourrés surplombant le passage des chasseurs, une silhouette massive masquée par les arbres, glissa silencieusement à travers les bosquets de fougères. Un souffle rauque et un feulement très bas, presque inaudible à l’oreille humaine, fit trembler de petites feuilles. La créature émis quelques sons incompréhensibles qui auraient pu ressembler à des sifflements : « Iiisshnn, Iiisshnn ».. comme une respiration soude. Deux  petites lueurs jaunes apparurent dans la pénombre. En fait, l’éclat maléfique de deux yeux d’origine inconnue, totalement dépossédés de pupilles observaient de loin la troupe de chasseurs.. Après quelques instants, les deux lueurs s’éteignirent et la silhouette disparut en un éclair, laissant s’agiter une dernière fois les branches des arbustes . Une des feuilles tomba sur l’épaule de’ l'un des trois derniers chasseurs de la colonne,. Mais celui-ci ne s’en aperçut jamais et poursuivit son chemin. .. 
- « Allons mes frères, hâtons-nous d’accomplir notre mission ! Le Seigneur Ballmok est proche, je le sens. » Il ajouta en lui-même : « J’espère qu’il appréciera ce nouveau sacrifice… »  L’homme qui venait de prendre la parole, se nommait Dormaig Dunn, chef du clan de chasseurs des bois de Faroo. Il arborait fièrement une ceinture de cuir incrustée de pierres dorées, fines et ciselées ainsi qu’un splendide torque de cuivre autour du cou, signe de sa prééminence. Une pièce de fourrure, couleur fauve, recouvrait son dos. Enfin, ses cheveux  tressés en arrière et son regard sombre et fier, finissaient de lui donner une autorité incontestable.
- « Continuez de chanter , vous les meilleurs guerriers du clan, pour plaire à Ballmok et pour calmer sa faim et sa rage ! »
- « Sang, Feu et Gloire pour Ballmok le Puissant. Sang, Feu et Gloire pour Ballmok le Puissant !.. » scandèrent à nouveau les hommes d’une voix basse, répétant cette litanie au fur et à mesure de leur progression dans la forêt. La sueur coulait sur les fronts et l’angoisse menaçait même les plus expérimentés. La fatigue et l’agitation se firent plus prononcées lorsque la colonne parvint au pied d’un monticule. Un petit sentier y grimpait, haut d’une vingtaine de pas, creusé sans doute par la régularité des passages et piétinements. Tous marquèrent un temps d’arrêt et Dormaig Dunn, regarda vers le sommet d’un œil fixe, essayant d’anticiper tout danger. Il envoya aussitôt les trois hommes armés d’arcs et de lances en éclaireurs. Ceux-ci grimpèrent la gorge nouée, sans se retourner et atteignirent le haut de la colline, qui débouchait sur une sorte de clairière dégagée . La lune éclairait de sa lumière blafarde le terrain vide. Il dominait une partie de la forêt et on aurait pu en apprécier l’étendue si ce n’est qu’un détail terrifiant venait interrompre à tout jamais toute idée de flânerie. Car au milieu de ce tertre plat, une sorte de totem aux reflets rougeâtres, surmonté d’une représentation de tête d’animal abjecte, était planté là dans le sol marquant l’emplacement d’un autre monde, d’un autre territoire. La clarté laiteuse de la lune accentuait les traits immondes de la figure totémique, censée représenter la face de Ballmok. Une sorte de gueule de sanglier, recouverte d’une très longue tignasse noire, filandreuse et grasse, agitée par le vent. Deux crocs surgissaient de la mâchoire inférieure et deux petites cavités sombres en guise d’yeux donnaient une touche finale effrayante à l’ensemble de la figure. Les hommes évitèrent d’ailleurs de soutenir son regard morbide, à lui seul capable de vous foudroyer de terreur. D’ailleurs, on disait que les maîtres artisans ayant confectionné cette chose avaient péri durant leur retour vers le village ; personne n’ayant jamais retrouvé leurs traces. Quelque chose de non-humain vivait dans ces parages, cela était un fait pour les hommes du clan. Les trois chasseurs ne s’approchèrent pas du mât, restant éloignés d’ une trentaine de pas. Surmontant leur peur, ils firent signe de leurs torches au groupe resté en contrebas.
- « C’est le signal mes frères , à notre tour de grimper jusqu’à la colonne du sacrifice ! Cette fois, nous devons faire silence, car nous entrons sur le territoire du Seigneur Ballmok ! » À peine, l’ordre reçu de Dormaig Dunn, tous se précipitèrent sur le sentier, semé de ronces et de branches. Quelques uns se heurtèrent dans les nombreuses racines du chemin mais la troupe parvint au sommet assez rapidement car tous voulaient en finir au plus vite. Cette fois un silence pesant régnait parmi les chasseurs. Ce territoire n’était plus le leur, tous le savaient. Au fond, les habitants du clan sentaient bien que Ballmok ne se contentait plus de cette portion des bois de Faroo et que bientôt il allait régner sur l’ensemble de la forêt.. La femme fut détachée rapidement du plateau de bois puis emmenée vers le sinistre mât du sacrifice. En le voyant, elle distingua malgré sa léthargie, la couleur rouge et brune du totem mais c’est seulement lorsque le groupe s’approcha de la charogne suspendue au sommet de la colonne, qu’elle recommença à s’agiter sentant d’instinct le danger qui planait. Deux hommes l’encadraient fermement bien qu’il sembla que sa force fut soudainement décuplée. Enfin, parvenue près de l’autel sinistre, elle vit alors distinctement la gueule horrifique suspendue au-dessus d’elle et poussa un long cri d’épouvante. Puis son cri devint hurlement de rage lorsqu’elle s’aperçut que la couleur rouge et brune du mat, était due aux multiples entailles et lacérations dont était recouverte le hideux totem de bois, dans lesquelles du sang humain avaient coulé en abondance puis séché. En entendant le hurlement quasi-inhumain de la sacrifiée, les chasseurs les plus redoutables sentirent leurs cheveux se dresser et de multiples frissons d’angoisse parcourir leur échine. Certains d’entre eux, n’y tenant plus, commencèrent à rebrousser chemin discrètement, la mâchoire tremblante, il leur sembla qu’en restant une seconde de plus, ils risquaient de perdre la raison.
- « Qu’on lui donne la boisson de l’Oubli !! Vite !! » hurla Dormaig Dunn. Il ne faut pas que le Seigneur Ballmok ne nous prenne en chasse. » Un des chasseurs fit ingurgiter de force une mixture jaunâtre, contenue dans une outre. La femme faillit étouffer à plusieurs reprises tout en grommelant et en poussant de petits gémissements. Puis en quelques instants, elle s’affaissa, les yeux tournoyant, en proie au délire, émettant tour à tour les sons les plus étranges et reprenant en partie les chants lugubres de la cérémonie.
- «Son âme est sur le point de quitter son corps. » dit Oshana, considéré comme le second de Dormaig Dunn. Ce dernier le fixa intensément :
- «  Tu as raison, attachons-la rapidement car Ballmok refusera ce sacrifice si elle n’est plus en vie au moment de son festin. !! » Puis se tournant vers les chasseurs, il ajouta : « Que les dieux nous viennent en aide !. Si cela arrivait Ballmok ne nous le pardonnerait pas et chercherait à étendre alors sa profonde colère.. Peut-être même s’en prendrait-il à notre village.... » Ses derniers mots avaient été prononcés à voix basse et cependant, les hommes qui l’entouraient de leurs torches les avaient tous entendu nettement. Un cri retentit de l’autre bout de la clairière. Tous se retournèrent vers les trois sentinelles. Ils se tenaient à proximité des haies et buissons qui bordaient le champ. Torches à la main, ils virent une sorte de vapeur verdâtre, filtrer des bosquets de fougères et se répandre lentement au ras du sol. Elle se dirigeait vers eux en serpentant et allait bientôt recouvrir le terrain.
- « Attention, cria un des gardes, c’est le signe de Ballmok ! Il approche ! Si nous attendons encore, la vapeur va atteindre nos pieds et nous figer sur place !! » Les deux autres chasseurs décochèrent des flèches vers les buissons par instinct de survie mais ils détalèrent sans plus attendre. Dormaig Dunn vit alors l’ensemble du groupe se défaire et les hommes paniqués, se précipitèrent en courant vers le chemin qui menait en contrebas. Le chef, désemparé, les rappela inutilement et fit un effort gigantesque pour conserver son sang-froid. Il se retourna alors vers Oshana en lui tenant fermement l’épaule.
- « Toi, mon fidèle second, aide-moi à attacher au plus vite la sacrifiée ! Et quittons ce tertre maudit ! » Oshana, l’œil rivé fixement vers l’orée de la forêt, était comme hypnotisé par la vapeur verte et nauséabonde qui roulait de plus en plus sur le terrain. Cependant, il obéit machinalement aux ordres de son maître. Dormaig Dunn fut pris de tremblements incessants qu’il essaya de masquer, mais il ne parvint que difficilement à ligoter la victime sacrificielle. D’autant que cette fois, la fumée âcre avait quasiment envahit la clairière et qu’elle s’approchait dangereusement de l’endroit où ils se tenaient, risquant  de les encercler.
- « Fuyons mon frère ! Nous ne pouvons plus nous attarder ! » lança le chef du clan, rageur. Les deux hommes détalèrent en une fraction de seconde, laissant la femme à -demi attachée, qui commençait d’ailleurs à défaire instinctivement ses liens tout en esquissant des gestes anarchiques et en secouant sa tête en tous sens, comme le ferait un homme ivre-mort.. Dormaig Dunn et Oshana atteignirent in-extremis le flanc de la colline et sautèrent vers le sentier à l’instant où l’horrible vapeur s’étalait maintenant de tous les côtés de la clairière du sacrifice. Ils chutèrent lourdement s’étant pris les pieds dans des racines. Dormaig Dunn en se relevant, aperçut du flanc de la colline, les lointaines lueurs des torches de ses hommes, s’enfuyant dans la sinistre forêt. Il eut le bonheur d’apercevoir au sol qu’un des flambeaux qui avait été abandonné dans la précipitation. Il le ramassa aussitôt et se retourna vers son second :
- « Écoute Oshana, fuis et retrouve nos hommes au village, moi j’ai à faire là-haut. » Le second, homme chauve, au visage grimé de blanc lui -aussi, portait une sorte de tunique de cuir sans manches et une queue de loup pendait à son ceinturon. Il regarda d’un air inquiet son maître.
- « Dormaig qu’as-tu en tête? Il n’y a rien d’autre que la mort qui rode au sommet de cette colline. » dit-il d’une voix terne.
- « Je suis toujours le chef du clan en attendant le retour de nos maîtres conseillers. ! Aussi fais ce que je dis, car je dois voir à quoi ressemble notre bourreau ! »
- « Alors si tu reste, Ô notre chef, je reste avec toi.. Ne suis-je pas ton second ? » Les deux hommes échangèrent des regards intenses sans ajouter un mot. Dormaig Dunn s’inclina même en signe de respect vers son second et tous deux, reprirent l’ascension du chemin  qui menait à la clairière maudite.. Parvenus près du sommet, ils se tapirent sous des buissons épais et se tinrent à une distance suffisante du bord  afin de n’être pas en contact avec les vapeurs maléfiques qui rasaient le sol, stagnant sur l’ensemble du tertre.. Dormaig faillit tourner de l'œil à cause de l’odeur suffocante. Il détacha précipitamment la fourrure qui recouvrait son dos pour protéger son nez des effluves intenables. Oshana refusant d’observer la clairière, il se plaqua au sol, se tenant à deux mètres en contrebas du chef des chasseurs. Ce dernier lui avait confié sa torche afin qu’elle ne soit pas visible par le Seigneur Ballmok du sommet de la colline. Oshana tremblait à son tour et il s’accrocha à une des nombreuses racines qui jonchaient le sol afin de ne pas s’enfuir précipitamment puisqu’il avait donné sa parole. Mais la peur le tenaillait comme jamais. De l’endroit où il se tenait Dormaig Dunn ne parvenait pas à distinguer le mât du sacrifice. Il put cependant fixer l’endroit précis d’où surgissait la vapeur démoniaque. Le temps qui passa qui sembla très long aux deux hommes, car il n’entendirent plus aucun bruit sinon leur propre respiration, qui leur sembla bientôt  insupportable..
Enfin, les buissons commencèrent à s’agiter au loin et une sorte de silhouette sombre se faufila dans les feuillages. Dormaig cette fois, retint son souffle, tous les sens en alerte. Alors il vit l’impensable se dévoiler sous ses yeux incrédules :
la silhouette massive se détacha plus clairement sous la pâleur lunaire et l'on distingua une créature à l’aspect démoniaque, irréelle ; comme un auroch puissant recouvert de longs crins noirs tombant sur le sol.. Elle était entièrement enduite d’une sorte de graisse verte  degoulinante, qui produisait un halo de vapeur tout autour de sa masse..
- « B..Ballmok... » C’est tout ce qui sortit de la gorge de Dormaig et personne ne l’entendit, car sa voix n’existait plus vraiment en cet instant. Lorsque la créature s’avança, Dormaig ne put jamais voir ni pattes ni sabots ni sensation de marche , elle glissait lentement au-dessus du sol comme un fantôme monstrueux. Puis sa tête sembla faire un mouvement de bas en haut, comme un animal qui renifle l’air... ou le sang ! Alors on put distinguer plus clairement, que sa gueule, qui rappelait vaguement celle des anciens animaux qui peuplaient la terre aux temps des premiers hommes, était dotée d’une sorte de corne fixée à son front. Un éclat pâle vint briller sur cette corne, en fait, une terrifiante arme de prédateur. Dormaig Dunn en avait assez vu, il sentit que son cœur risquait de le lâcher s’il ne quittait pas au plus vite cet endroit terrifiant. À l’instant même où il allait se laisser glisser en contrebas, la créature tourna soudainement la tête vers lui. Le chef du clan aperçut alors deux petits yeux jaunes qui émettaient une lueur cruelle en insistant dans sa direction ; mais une vision plus cauchemardesque encore, vint se planter dans son esprit lorsque le monstre lui décocha un rictus qui n’était autre qu’un sourire des plus démoniaques. Et pour tout dire intelligent ! Oui, Dormaig Dunn le comprit instantanément. Ce sourire lui disait : « Je te vois, je sais que tu es là.. Ne t’inquiètes pas, ton jour viendra.. » Le choc fut si grand, que le chef du clan fit un bond en arrière et retomba brutalement trois à quatre mètres plus bas en roulant sur la pente. Oshana le second, se remit sur ses pieds en un éclair et releva au passage Dormaig Dunn totalement désemparé. Puis tous deux s’enfuirent à grandes enjambées sans jamais se retourner, vers la forêt obscure, poussant de petits cris comme deux animaux blessés.
 Alors des  profondeurs des bois de Faroo, monta un long hurlement d’épouvante, celui d’une femme, venant déchirer le silence nocturne.






Une aube majestueuse s’élevait lentement, irradiant l’horizon et chassant les quelques nuages épars. La lumière du soleil qui montait découvrit les hautes collines verdoyantes et encore endormies de la province de Dinas Erwin. Au loin, quelques oiseaux migrateurs passaient  en silence dans un vol ample et gracieux tandis que sur toute la vallée alentour se dévoilaient des tapis d’herbes et de fleurs sauvages. C’était les premiers jours de Beltaine, le printemps du pays d’Erin, qui se levait dans le matin parfumé.. Un vent léger  circulait maintenant entre les arbres, haies et buissons coulant le long des collines et faisant frissonner au passage une famille de lapins, cachée dans les hautes herbes et occupée à grignoter quelque nourriture. Du sommet des collines les plus élevées, on pouvait admirer les vastes terres qui s’étendaient au loin. Cette région était parsemée de nombreux lacs, offrant à l’observateur privilégié un enchantement rare. La splendeur du paysage et les reflets scintillants sur l’eau calme des lacs provoquait une douce sensation de bonheur paisible comme le nouveau-né l’éprouve lorsqu’il somnole sur le ventre chaud de sa mère.. C’est du moins l’enchantement qu’aurait souhaité prolonger Keldaan, mais le sifflement strident de l’épée de Maël  Korr passa si près de son oreille qu’il ne put que plonger brutalement au sol pour éviter la lame, le ramenant à une autre réalité.
- « Ha ha ha ! J’ai bien failli couper ta longue natte rousse mon jeune ami ! Que penses-tu de cela ? Crois-tu qu’il soit aussi facile de se débarrasser d’un Maître -Nain du Septentrion ?? » cria le vieux Maël  Korr, mentor de Keldaan. «  Allons, relève toi ! Profitons de cette aube naissante et fraîche pour parfaire notre art du combat ! » Le jeune Gardien de l’Anneau du Ciel, se remit debout tout en époussetant sa tunique de cuir sombre . Il passa la main dans ses cheveux, parsemés d’herbe et dégagea les mèches qui masquaient ses yeux d’un bleu éclatant. Son regard s’illumina enfin dans un large sourire car son maître, bien que ne mesurant guère plus d’un mètre, semblait disposer d’une énergie formidable,.. et d’une allonge surprenante. Ce qui forçait l’admiration de Keldaan. Ce dernier attaqua à son tour, les deux lames s’entrechoquèrent au-dessus de leurs têtes puis une nouvelle fois en  sifflant sur les flancs. Mais par une technique sûre, et du fait de sa petite taille, Maël Korr  parvint à frapper du plat de sa lame au niveau des jambes du jeune druide faisant chuter de nouveau ce dernier. !
- « Eh bien, tu as encore quelques leçons à apprendre, si tu veux conserver ton Anneau !! »
Keldaan face contre terre avait cette fois de l’herbe dans la bouche, qu’il recracha aussitôt, de colère. Il se redressa sur ses genoux, l’air dépité.
- « Tu me donnes une belle leçon de combat, Maître -Nain mais cela fait plusieurs semaines que nous nous entraînons sans répit. Puisque je porte l’Anneau du Ciel, qu’attendons nous pour l’éprouver plus souvent ? Et peux-tu me dire à quoi me serviront les armes ? »
- « À défendre ta vie jeune idiot !! » répondit sèchement Maël  Korr visiblement courroucé « .. Et aussi celle des autres… » ajouta-t-il plus calmement. « L’Anneau sera-t-il suffisant ? Tous les autres gardiens se sont durement entraînés, même si le pouvoir des armes ne fait pas partie des attributs majeurs de l’Anneau du Ciel. » Keldaan observa un silence respectueux, les yeux tournés vers l’horizon qu’il admirait puis, se tournant vers Maël Korr, il le regarda malicieusement dans les yeux et lui tendit la main .
- « Tu as raison Maître -Nain, aussi veux- tu me relever afin de reprendre notre duel ? » Le vieux mentor, attendrit, tendit naturellement son bras vers Keldaan qui le saisit violemment et le tira si fortement que le Maître -Nain roula à son tour et atterrit tête la première dans la terre fraîche, aux pieds de Keldaan. Ce dernier rit aux éclats tandis que Maël  Korr, entrait dans une de ses rages folles, injuriant le jeune druide et l’affublant  de toutes sortes de sobriquets, comme seuls le font les nains du Septentrion. Keldaan s’en amusait, depuis une année déjà qu’il vivait auprès de son Maître et de la banshee Calice. En entendant les éclats de rire de son jeune disciple, le vieux prince du Septentrion finit par se laisser gagner par l’enthousiasme dont il débordait et rit de bon cœur à son tour. La jeunesse de son nouveau gardien lui était après tout, très agréable, bien qu’il sut au fond de lui qu’il fallait se hâter de poursuivre sa formation.. Les choses allaient changer et nul doute que ressurgirait un jour un nouveau gardien de l’Anneau de la Terre après la disparition du précédent sur l’Île de la Table de pierres.. Les deux compagnons étaient  tranquillement assis sur le flanc de la
colline face au soleil, qui cette fois, était déjà bien avancé vers le ciel et qui caressait leur front de ses rayons..
- « Dis-moi, Maël  Korr, comment as-tu appris toutes ces ruses du combat ? Je pensais que les Nains des provinces du Nord étaient surtout spécialisés dans le travail des métaux.. »
- « Sache mon ami que nous sommes  aussi des spécialistes des armes. Lorsque nous fabriquons une épée, nous en mesurons le poids, la taille, l’équilibre parfait et surtout, nous l’adaptons à chaque individu. Une arme est plus qu’un instrument pour nous ; elle est le prolongement idéal de son bras, je dirai même de son âme ! C’est pourquoi nous pouvons nous montrer assez habiles dans son maniement, le cas échéant. Mais tu le sais, cela ne fait pas de moi un  guerrier. Ce sera à toi de prendre cette voie. Pour l’instant, je suis ton formateur, puisque Mané Gwen, l’ancien Gardien de l’Anneau du Ciel a péri sous les coups d’Herrlick*. Mais lorsque tu seras prêt, alors ce sera à moi de devenir ton assistant, car seul l’Anneau du Ciel peut rivaliser avec  
l’Anneau de la Terre !! »



Vous trouverez de nouveaux extraits de ce récit dans peu de temps.

A très bientôt,

BM.

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